Le Maroc, des hommes et des plantes

Trois jours de retard, parfois ça ne vient pas… angoisse de la page blanche ou du récit convenu… Et pourtant, la semaine a été riche d’aventures et de rencontres, surtout.

Au Maroc, plus qu’ailleurs, on s’imprègne du pays avec ceux qui le font. Dans l’angoisse de la désapprobation ou de la demande de dirhams, nous n’avons pas tellement photographié d’hommes et de femmes, et pourtant ce sont ces images que l’on garde en tête. Visages burinés, marqués par le travail et le soleil, yeux pétillants sous le capuchon d’une djellaba, regard farouche du conducteur de la charrette à âne, regard fuyant sous les hijabs…

Dans l’Atlas, sur la route du Tizi’n Test, il y a d’abord eu Amina, petit bout de bonne femme, qui avec son presque rien ( une chambre, une télé, une vache), nous offre la chaleur du thé à la menthe et du pain tout chaud. Amina parle mieux français que les autres; du coup elle a pris l’initiative de faire l’école aux touts petits, ce qui n’est à priori pas du goût des autres femmes du village…me raconte t’elle. Chez Amina on découvre un truc de dingue….le hamam berbere…un feu, une petite hutte de terre dans la cour de la maison et c’est la super douche assurée!!

Un peu plus loin, nous nous arrêtons à Ouirgane au bord du barrage et partons avec Mohammed et son mulet pour 2 jours de rando. Nous sommes accueillis pour la halte du soir à la maison berbère par Saïda. Dans son tout petit village, Saïda a elle aussi décidé de faire autrement et transformé la maison de ses parents en table d’hôtes et gite pour les randonneurs. Avec sa soeur, elle a bravé la loi tacite qui oblige la femme berbère à dépendre de son mari et monté sa petite entreprise. Les retombées sur le village font qu’elle a finalement obtenu le respect de tous. C’est une championne des réseaux sociaux et du fond de son oued, elle vous donnerait de sacrées leçons d’Instagram!!!

A la maison berbère avec Saïda

Nous avons fêté 2020 avec une bouteille de Prosseco cachée au fond du van, des glaçons récupérés à l’hôtel d’à côté, musique plein tube, danse dans le van et des crêpes de folie! + une expo de tessons décorés avec milou… Il n’en faut pas plus pour notre bonheur!

Néanmoins… à la faveur d’un reportage sur un des premiers jardins de « Eric Ossart et Arnaud Maurieres » à Taroudant, on est invités à passer la nuit à « Dar el hossoun »; Luxe, calme et volupté, on se délecte de ce superbe « Garden lodge » et ses 20 chambres organisées autour de 3 jardins. Et dire que la veille on dormait, tout aussi bien ou presque, dans des ruines au milieu de l’atlas, nous réchauffant sous notre tapis berbère ou au feu préparé au petit matin entre deux murs écroulés.

Encore une rencontre, celle de Ollivier Verra qui a racheté cette maison en 2009 pensant en faire sa résidence secondaire et finalement rattrapé par sa passion entrepreneuriale, se trouve a la tête d’une petite entreprise de 35 personnes.

Et hop, nouveau grand écart, nous passons notre deuxième nuit taroudanaise non loin de la au bord de la « rivière méchante ». Un canyon impressionnant qui rend bien compte de la sécheresse qui sévit de plus en plus dans la région et que nous avions déjà remarqué au barrage de Ouirgane. Pas une seule pluie cet hiver et pas de neige. Oliviers, palmiers et arganiers meurent tous, le sol n’est que poussière, cette sécheresse extrême nous émeut et angoisse. Le contraste entre les jardins en creux, foisonnants, et le paysage environnant est saisissant. On repense avec écoeurement aux 18 golfs de Marrakech, aux riches propriétaires qui creusent des forages de plus en plus profonds, quand les paysans n’arrivent même plus à récolter agrumes et olives. Un patrimoine qui s’assèche et qui meurt.

Le canyon de la « rivière méchante »

Une rencontre enfin, qui nous a beaucoup marqués, celle de Marc Jeanson, tout jeune conservateur du jardin majorelle, que nous avons interviewé. Docteur en botanique, ce chercheur a accepté de quitter momentanément l’herbier du jardin des plantes pour une mission de 3 ans à Majorelle. Son projet, faire de Majorelle un vrai jardin botanique avec ses propres collections et une dynamique de transmission. Profiter de ce jardin iconique pour capter le plus de public possible, faire comprendre le vivant, et donner à chacun envie d’apprendre un peu de botanique, ce savoir qui se perd. Nous avons dévoré son livre « botaniste » (Ed. Grasset, 2019) que nous ne saurions que trop vous conseiller. Il raconte l’histoire de l’herbier du Muséum et celle des grands botanistes français depuis le 17ème, à travers le parcours de cet homme brillant.

Marc Jeanson

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1 commentaire

  1. Toujours aussi beau de vous suivre… Je vois que l’hiver a enfin fini par vous rattraper (première fois que je vois Anne-Laure en pull, j’en avais marre de voir Anne-Laure en T-shir /sandales .. quand nous on prenait des seaux d’eau dans le Sud ;-))) !
    Hâte de vous revoir pour vous faire visiter mon terrain. D’ailleurs, l’oeil avisé d’un paysagiste pour embellir tout ça sera bienvenu dès que tu sera rentré parmi nous !
    Amitiés
    Julie

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